La Falaise de Nijni-Novgorod

août 2020

Dans la bonne ville de Nijni-Novgorod, vit une famille de trois membres : le père, la mère, le fils. Le père est ingénieur des ponts et chaussées, c’est un homme solide comme sa maison et comme la ville tout entière, un homme honnête et un honnête homme, bon ingénieur, dévoué à son pays. La mère, comme il se doit, ne travaille pas, elle se consacre à son fils.
Sa vie se déroule, lente, sans accroc, sans tragédie ni grande joie. Le fils, Dmitri, imprégné de Nietzsche et de Schopenhauer comme nombre de ses congénères au début du XXe siècle, rêve de jeter aux orties la morale bourgeoise. Il prône le rejet de toutes les lois et règles, jusqu’au jour où il comprend qu’il est passionnément amoureux de sa mère. Dès lors, fini de jouer à se faire peur avec l’idée de la transgression ! Après sa découverte, Dmitri n’envisage plus que le suicide. La mère, elle, choisit au contraire consciemment d’enfreindre le tabou et devient l’amante de son fils.

Il en résulte la haine et la mort : quand surviennent la révolution et la guerre civile, le père et le fils de La Falaise de Nijni-Novgorod se retrouvent dans des camps opposés. Le fils se bat du côté des Rouges, le père meurt à Constantinople, chez les Blancs.

 

Premier prosateur de la Russie postrévolutionnaire avec la parution, en 1921, de L’Année nue, Boris Pilniak est aussitôt mondialement célèbre. En 1926, dans le Conte de la lune non éteinte, il dénonce par avance les dangers du stalinisme. L’oeuvre, immédiatement saisie, ne reparaîtra en URSS qu’à la fin des années quatre-vingt. Staline ne pardonnera pas ce texte à l’écrivain qu’il fera arrêter en 1937. On ne manquera pas, alors, de rappeler à Pilniak La Falaise de Nijni-Novgorod, écrite en 1927, dont l’unique publication du vivant de l’auteur, en 1928, fit scandale.

Jugé en 1938 pour « espionnage au profit du Japon », Boris Pilniak sera condamné à mort et exécuté le jour même.